# Anxiété et perte de poids : causes possibles et solutionsL’anxiété chronique représente bien plus qu’un simple état de nervosité passager. Lorsqu’elle s’installe durablement, elle provoque des bouleversements physiologiques profonds qui affectent l’ensemble de l’organisme. Parmi les manifestations les plus préoccupantes figure la perte de poids involontaire, un phénomène qui touche une proportion significative des personnes souffrant de troubles anxieux. Cette diminution pondérale n’est pas anodine : elle témoigne d’un déséquilibre métabolique complexe où hormones du stress, neurotransmetteurs et système digestif interagissent de manière dysfonctionnelle. Comprendre ces mécanismes devient essentiel pour vous permettre d’identifier les signaux d’alerte et d’accéder aux solutions thérapeutiques adaptées. L’amaigrissement lié à l’anxiété nécessite une approche globale, intégrant à la fois la dimension psychologique et les aspects nutritionnels de cette problématique multifactorielle.
Mécanismes physiologiques de l’anxiété induisant une perte de poids involontaire
Les processus biologiques qui relient l’anxiété à la perte de poids sont remarquablement complexes et impliquent plusieurs systèmes de régulation corporelle. Lorsque vous êtes confronté à un état anxieux persistant, votre organisme active des cascades hormonales initialement conçues pour des situations de danger aigu. Cependant, leur activation prolongée crée des perturbations métaboliques qui favorisent l’amaigrissement involontaire.
Hypersécrétion de cortisol et catabolisme protéique accéléré
Le cortisol, souvent qualifié d’hormone du stress, joue un rôle central dans la perte de poids liée à l’anxiété. En situation de stress chronique, vos glandes surrénales sécrètent cette hormone de manière excessive et continue. Cette hypersécrétion provoque une mobilisation accrue du glucose sanguin pour fournir une énergie immédiate, mais également une dégradation des protéines musculaires pour produire du glucose supplémentaire via la néoglucogenèse hépatique. Ce processus catabolique explique pourquoi vous pouvez constater une fonte musculaire progressive malgré une alimentation apparemment suffisante.
Les études cliniques révèlent que des taux de cortisol élevés de façon chronique augmentent la dépense énergétique basale de 15 à 20%. Votre métabolisme fonctionne en permanence en mode accéléré, comme si vous étiez constamment en train de courir pour échapper à un danger. Cette hyperactivité métabolique consomme vos réserves énergétiques bien plus rapidement que dans des conditions normales, créant ainsi un déficit calorique même lorsque votre apport alimentaire reste stable.
Activation du système nerveux sympathique et thermogenèse adaptative
L’anxiété déclenche une activation soutenue de votre système nerveux sympathique, responsable de la réponse de fuite ou combat. Cette stimulation libère des catécholamines, notamment l’adrénaline et la noradrénaline, qui augmentent significativement votre dépense énergétique. Votre rythme cardiaque s’accélère, votre pression artérielle augmente, et votre corps génère davantage de chaleur par thermogenèse.
Cette activation sympathique persistante peut augmenter votre métabolisme de base jusqu’à 25% dans les cas sévères. Concrètement, cela signifie que vous brûlez plusieurs centaines de calories supplémentaires chaque jour sans modification de votre activité physique. Les personnes anxieuses présentent fré
quentement une sensation de chaleur interne, des sueurs ou des palpitations même au repos. À la longue, cette surconsommation énergétique contribue à la perte de poids, en particulier si votre apport calorique diminue parallèlement sous l’effet de la perte d’appétit ou des nausées liées à l’anxiété.
Un autre élément clé est la thermogenèse adaptative, c’est-à-dire la capacité de votre organisme à convertir davantage de calories en chaleur plutôt qu’en réserve. En contexte d’anxiété chronique, cette thermogenèse est souvent majorée, comme si votre corps fonctionnait en surchauffe permanente. On peut comparer ce phénomène à un moteur laissé allumé au point mort : même immobile, il continue de consommer du carburant. Chez certaines personnes, cette dépense supplémentaire se traduit par un amaigrissement rapide, parfois avant même que l’anxiété ne soit clairement identifiée.
Dysrégulation de la ghréline et de la leptine dans les troubles anxieux
Au-delà du cortisol et des catécholamines, les troubles anxieux perturbent profondément les hormones qui régulent la faim et la satiété, principalement la ghréline et la leptine. La ghréline, sécrétée par l’estomac, stimule l’appétit et prépare l’organisme à l’ingestion alimentaire. La leptine, produite par le tissu adipeux, informe le cerveau des réserves énergétiques disponibles et contribue à limiter les prises alimentaires excessives.
En cas d’anxiété chronique, ce dialogue hormonal devient chaotique. Chez certaines personnes, la ghréline est suppressée ou ne parvient plus à déclencher une sensation de faim cohérente, d’où l’impression de “ne jamais avoir envie de manger”. Chez d’autres, la leptine est mal perçue par le cerveau, créant une résistance leptinique paradoxale, avec une satiété retardée ou absente. Résultat : le corps peine à ajuster correctement les apports énergétiques, ce qui favorise à la fois des périodes de restriction alimentaire involontaire et, parfois, des phases de grignotage désordonné.
Cette dysrégulation ghréline–leptine est renforcée par les troubles du sommeil très fréquents dans l’anxiété. Plusieurs études ont montré qu’une nuit écourtée suffit à diminuer la leptine et augmenter la ghréline le lendemain. Si vous vivez cela plusieurs fois par semaine, votre horloge biologique et vos signaux alimentaires se désynchronisent. Dans le cas de la perte de poids, ce sont surtout les jours de restriction non intentionnelle, liés au manque de faim et aux nausées matinales, qui finissent par dominer.
Impact de la somatostatine sur la vidange gastrique et l’absorption intestinale
La somatostatine est une hormone moins connue du grand public, mais elle occupe une place importante dans la façon dont l’anxiété influence la digestion et la perte de poids. Produite notamment par l’hypothalamus et le système digestif, elle freine de nombreux processus : sécrétion d’hormone de croissance, libération d’insuline, production d’acide gastrique et motricité intestinale. On peut la considérer comme un “frein général” du système digestif.
En situation d’hyperstress et d’anxiété durable, la sécrétion de somatostatine est souvent augmentée. Conséquence directe : la vidange gastrique se modifie, les repas restent plus longtemps dans l’estomac, ce qui entraîne rapidement des sensations de lourdeur, de ballonnements et de satiété précoce. Vous avez l’impression d’être “calé” après quelques bouchées, alors que vos besoins caloriques sont loin d’être couverts. Sur le plan intestinal, la somatostatine altère également les sécrétions digestives et peut réduire l’absorption de certains nutriments essentiels, comme les lipides et les vitamines liposolubles.
Ce double impact – diminution des quantités ingérées et moindre efficacité d’absorption – accélère la perte de poids, surtout si l’anxiété s’accompagne déjà de troubles digestifs fonctionnels (nausées, diarrhée, coliques). Il n’est pas rare de voir des patients perdre plusieurs kilos en quelques semaines simplement parce qu’ils ne supportent plus les repas copieux, sans se rendre compte qu’ils ont diminué de moitié leurs apports énergétiques habituels.
Troubles anxieux spécifiques associés à l’amaigrissement pathologique
Tous les troubles anxieux ne se manifestent pas de la même manière sur le plan pondéral. Certains tableaux cliniques sont particulièrement associés à une perte de poids pathologique, soit par restriction alimentaire non intentionnelle, soit par évitement des situations de repas, soit encore par des rituels qui réduisent drastiquement les apports. Comprendre quel type de trouble anxieux est en jeu permet d’orienter plus finement la prise en charge et de limiter les risques de dénutrition.
Trouble d’anxiété généralisée (TAG) et restriction alimentaire non intentionnelle
Le trouble d’anxiété généralisée se caractérise par des préoccupations excessives et persistantes concernant plusieurs domaines de la vie quotidienne : travail, santé, finances, famille. Cette tension mentale quasi permanente s’accompagne de symptômes physiques : tensions musculaires, troubles du sommeil, palpitations, irritabilité, difficultés de concentration. Dans ce contexte, l’acte de manger peut passer au second plan, comme si l’alimentation devenait une tâche supplémentaire difficile à gérer.
Chez les personnes souffrant de TAG, la perte de poids survient souvent de manière insidieuse. On saute un repas par manque de temps, on grignote à peine pendant la journée, on se contente d’un café le matin car “l’estomac est noué”. La restriction n’est pas volontaire, mais elle résulte d’un désintérêt progressif pour ses propres besoins physiques au profit des ruminations mentales. À moyen terme, ce déficit énergétique entraîne amaigrissement, fatigue accrue, baisse des défenses immunitaires et aggravation de l’anxiété elle-même, créant un véritable cercle vicieux.
Trouble panique avec agoraphobie et évitement des situations de repas
Le trouble panique se caractérise par des crises d’angoisse aiguës, survenant de façon imprévisible, avec des symptômes impressionnants : sensation d’étouffement, douleurs thoraciques, vertiges, impression de perdre le contrôle ou de mourir. Lorsque ces crises se produisent dans certains lieux (restaurant, cantine, transports), la peur qu’elles se reproduisent amène progressivement à éviter ces situations, on parle alors de trouble panique avec agoraphobie.
Dans ce contexte, l’amaigrissement peut être important. Vous pouvez commencer à éviter les repas à l’extérieur, puis les repas en famille, puis les courses alimentaires elles-mêmes. Beaucoup de patients se limitent à des aliments faciles à consommer chez eux, souvent en petites quantités, pour minimiser le risque de malaise digestif ou de crise de panique. L’alimentation devient fragmentée, monotone et insuffisante. Cette restriction environnementale, plus que le manque d’appétit lui-même, explique la perte de poids rapide observée dans certains cas.
Trouble obsessionnel-compulsif alimentaire et rituels restrictifs
Le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) peut prendre de nombreuses formes, dont certaines concernent directement l’alimentation. Il peut s’agir d’obsessions liées à la contamination (peur que les aliments soient “sales” ou toxiques), au contrôle du corps (peur extrême de grossir même sans surpoids réel) ou à des rituels de préparation des repas particulièrement longs et complexes. Ces rituels, destinés à apaiser l’anxiété, finissent par rendre l’accès à la nourriture difficile et épuisant.
Par exemple, certaines personnes ne peuvent manger que des aliments préparés selon un ordre précis, coupés à une taille spécifique ou vérifiés plusieurs fois. D’autres éliminent progressivement la plupart des groupes alimentaires par peur d’allergies, d’intoxication ou de “mauvaise digestion”. À la différence des troubles du comportement alimentaire classiques, l’objectif ici n’est pas toujours de maigrir, mais de se protéger d’un danger anxieux imaginaire. Toutefois, le résultat est souvent une ingestion calorique très insuffisante, conduisant à une perte de poids involontaire mais majeure.
Syndrome de stress post-traumatique et anorexie psychogène secondaire
Le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) survient après l’exposition à un événement traumatique : agression, accident grave, catastrophe, violences répétées. Il se manifeste par des reviviscences (flash-back), des cauchemars, une hypervigilance et un évitement des situations rappelant le trauma. L’alimentation peut être directement ou indirectement impactée, notamment lorsque le traumatisme est lié au corps ou à la sexualité.
Dans ce contexte, on observe fréquemment une anorexie psychogène secondaire : la personne ne parvient plus à ressentir la faim ou associe la sensation de ventre plein à des souvenirs traumatiques. Les repas peuvent déclencher des flash-back ou une détresse émotionnelle intense, conduisant à les éviter ou à les réduire au strict minimum. En quelques mois, cette réduction drastique des apports peut aboutir à une perte de poids sévère, avec des complications somatiques (carences, hypotension, troubles hormonaux) qui viennent s’ajouter à la souffrance psychique déjà présente.
Comorbidités psychiatriques amplifiant la perte pondérale
L’anxiété ne survient que rarement seule. Dans la pratique clinique, elle s’associe fréquemment à d’autres troubles psychiatriques qui peuvent, eux aussi, favoriser la perte de poids. Ces comorbidités complexifient le tableau et nécessitent une prise en charge coordonnée entre psychiatre, médecin généraliste et, idéalement, nutritionniste. Ignorer l’une de ces composantes, c’est prendre le risque de passer à côté d’un facteur majeur d’amaigrissement pathologique.
Dépression majeure avec symptômes anxieux et anorexie mélancolique
La dépression majeure s’accompagne souvent de symptômes anxieux marqués : inquiétude constante, agitation, difficultés de concentration, insomnie. Lorsque ces deux dimensions se cumulent, le risque de perte de poids est particulièrement élevé. On parle parfois d’anorexie mélancolique pour décrire cette situation où la tristesse profonde, l’anhédonie (incapacité à ressentir du plaisir) et la culpabilité intense s’associent à une disparition quasi complète de l’appétit.
Concrètement, manger peut devenir un effort insurmontable. Les aliments perdent leur saveur, les repas n’ont plus d’intérêt social ou convivial, et certaines personnes ressentent même un dégoût à l’idée de s’alimenter. Dans les épisodes dépressifs sévères, une perte de 5 à 10 % du poids en quelques semaines n’est pas rare. Cette dénutrition aggrave la fatigue, l’intolérance à l’effort et la vulnérabilité aux infections, ce qui renforce le sentiment d’impuissance et de désespoir. On voit bien comment l’anxiété, en se combinant à la dépression, peut précipiter une spirale de dégradation physique et psychique.
Trouble bipolaire en phase maniaque et hyperactivité métabolique
Dans le trouble bipolaire, les phases maniaques ou hypomaniaques peuvent s’accompagner de symptômes anxieux importants : agitation, pensées accélérées, impulsivité, irritabilité. Sur le plan somatique, ces épisodes se traduisent par une hyperactivité motrice et sociale, une réduction marquée du sommeil et, souvent, une diminution de l’intérêt pour la nourriture. Le corps fonctionne alors à plein régime, un peu comme un moteur lancé à très haute vitesse sans pause suffisante.
Cette hyperactivité métabolique, associée à des repas sautés ou pris sur le pouce, explique une partie de la perte de poids observée dans certaines phases maniaques. Paradoxalement, la personne peut se sentir en pleine forme et ne pas s’inquiéter de son amaigrissement, tant l’euphorie et la confiance en soi semblent dominer. Ce n’est souvent qu’au retour à un état plus stable que l’entourage ou les soignants constatent la fonte pondérale et musculaire, parfois spectaculaire, qui s’est produite en arrière-plan.
Addictions aux benzodiazépines et perturbations du comportement alimentaire
Les benzodiazépines (anxiolytiques) sont largement prescrites pour gérer les symptômes anxieux à court terme. Utilisées de manière prolongée ou à fortes doses, elles peuvent cependant entraîner une dépendance et contribuer indirectement à la perte de poids. Leur effet sédatif altère la vigilance, la motivation et parfois la coordination, ce qui complique l’organisation des repas, la préparation culinaire et les courses alimentaires.
De plus, l’usage chronique de benzodiazépines peut accentuer certains troubles du sommeil, perturber les cycles hormonaux (notamment le cortisol et la mélatonine) et réduire la perception des signaux de faim et de satiété. Certaines personnes somnolent une partie de la journée, sautent plusieurs repas sans s’en rendre compte, puis grignotent de petites quantités tard le soir. Sur le long terme, cette alimentation erratique, quantitativement insuffisante et qualitativement pauvre, favorise l’amaigrissement et les carences. La dépendance à ces médicaments peut aussi masquer l’intensité réelle de l’anxiété, retardant la mise en place d’un traitement plus adapté.
Diagnostic différentiel et examens paracliniques recommandés
Face à une perte de poids associée à l’anxiété, il est essentiel de ne pas tout attribuer d’emblée au psychique. De nombreuses pathologies somatiques peuvent mimer ou aggraver un tableau anxieux tout en entraînant un amaigrissement. Le diagnostic différentiel repose sur un interrogatoire minutieux, un examen clinique complet et des examens complémentaires ciblés. L’objectif est double : confirmer le rôle de l’anxiété et exclure une cause organique potentiellement grave.
Dosage du TSH et exploration thyroïdienne face à l’hypermétabolisme anxieux
L’hyperthyroïdie est une cause classique de perte de poids avec symptômes anxieux : palpitations, tremblements, irritabilité, intolérance à la chaleur, insomnie. Sans dosage de la TSH (thyroid stimulating hormone) et des hormones thyroïdiennes libres (T3, T4), il est parfois difficile de distinguer un trouble anxieux primaire d’un hypermétabolisme d’origine thyroïdienne.
Le bilan thyroïdien est donc quasi systématique devant une perte de poids rapide associée à une agitation ou à une tachycardie. Un taux de TSH effondré avec T3/T4 élevées oriente vers une hyperthyroïdie, qui nécessite une prise en charge endocrinologique spécifique. À l’inverse, des résultats normaux renforcent l’hypothèse d’un trouble anxieux isolé. Vous l’aurez compris : vérifier la fonction thyroïdienne, c’est éviter de passer à côté d’une cause “masquée” d’amaigrissement, tout en ajustant finement la stratégie thérapeutique.
Cortisolurie des 24 heures et test de freinage à la dexaméthasone
Lorsque les signes d’hypercortisolisme (prise de poids abdominale ou, à l’inverse, fonte musculaire, tension artérielle élevée, fragilité cutanée, troubles du sommeil) s’associent à une anxiété marquée, il peut être utile d’explorer plus précisément l’axe corticotrope. La cortisolurie des 24 heures mesure la quantité de cortisol libre excrétée dans les urines sur une journée complète, reflétant la production globale de cette hormone.
En parallèle, le test de freinage minute ou prolongé à la dexaméthasone permet d’évaluer la capacité de l’axe hypothalamo–hypophyso–surrénalien à se réguler. Dans les troubles anxieux isolés, on observe souvent des anomalies fonctionnelles (cortisol légèrement augmenté, freinage partiel), sans véritable syndrome de Cushing. Mais ces examens sont précieux pour écarter une pathologie endocrinienne organique et pour objectiver l’impact biologique de l’anxiété chronique. Ils sont généralement prescrits par un endocrinologue ou un psychiatre en lien avec le médecin traitant.
Endoscopie digestive haute et recherche d’ulcère gastroduodénal de stress
Lorsque l’anxiété s’accompagne de douleurs épigastriques, de brûlures rétrosternales, de nausées ou de vomissements répétés, une exploration digestive est souvent indiquée. L’endoscopie digestive haute (fibroscopie) permet de visualiser directement l’œsophage, l’estomac et le duodénum. Elle peut mettre en évidence une œsophagite, une gastrite érosive ou un ulcère gastroduodénal lié au stress, qui contribuent à la perte de poids par douleur post-prandiale et appréhension des repas.
Identifier et traiter ces lésions (par inhibiteurs de la pompe à protons, éradication d’Helicobacter pylori, adaptation alimentaire) est un levier essentiel pour restaurer une prise alimentaire satisfaisante. Sans cette étape, on risque de se focaliser uniquement sur l’anxiété en oubliant le retentissement digestif concret, alors que la douleur ou les brûlures sont parfois la première raison du refus de manger. Là encore, la collaboration entre gastro-entérologue et psychiatre est déterminante pour une approche globale.
Approches thérapeutiques psychopharmacologiques ciblées
Une fois les causes somatiques graves écartées et le rôle central de l’anxiété confirmé, se pose la question du traitement. Dans de nombreux cas, une approche psychopharmacologique bien conduite permet de réduire significativement les symptômes anxieux, de normaliser l’appétit et de stabiliser le poids. L’objectif n’est pas seulement de “faire prendre des kilos”, mais de restaurer un équilibre métabolique et émotionnel durable.
Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et stabilisation pondérale
Les ISRS (comme la sertraline, l’escitalopram ou la paroxétine) constituent souvent le traitement de première intention des troubles anxieux et des épisodes dépressifs avec anxiété. En augmentant la disponibilité de la sérotonine au niveau synaptique, ils contribuent à apaiser les ruminations, réduire l’hypervigilance et améliorer le sommeil. À moyen terme, cette diminution de la tension interne permet une normalisation de l’appétit et des habitudes alimentaires.
Sur le plan pondéral, les ISRS peuvent avoir des effets variables selon les individus. Chez les personnes amaigries par l’anxiété, on observe le plus souvent une stabilisation, voire une légère reprise de poids, liée à la réduction de la dépense énergétique excessive et au retour d’une alimentation plus régulière. Il est important d’anticiper quelques effets secondaires transitoires (nausées, troubles digestifs légers, nervosité initiale) qui peuvent, paradoxalement, majorer brièvement la perte d’appétit. Un suivi rapproché avec le prescripteur permet d’ajuster les doses et de soutenir la personne pendant cette phase d’adaptation.
Mirtazapine et cyproheptadine comme agents orexigènes anxiolytiques
Lorsque la perte de poids est importante et que l’anxiété s’accompagne d’une anorexie marquée, certains psychotropes dotés d’un effet orexigène peuvent être particulièrement utiles. La mirtazapine, un antidépresseur noradrénergique et sérotoninergique, est connue pour stimuler l’appétit et favoriser un gain pondéral modéré. Elle présente également des propriétés sédatives intéressantes chez les patients dont l’anxiété se manifeste par une insomnie résistante.
La cyproheptadine, antihistaminique à action antisérotoninergique, est parfois utilisée hors AMM comme stimulant de l’appétit, notamment chez les personnes souffrant d’anxiété et de dénutrition. Bien encadrée médicalement, elle peut aider à relancer la sensation de faim et à augmenter progressivement les apports caloriques. Toutefois, ces molécules ne doivent jamais être prescrites seules : elles s’intègrent dans un projet thérapeutique global, associant prise en charge psychologique, accompagnement nutritionnel et, si besoin, autres traitements de fond de l’anxiété.
Prégabaline et gabapentine dans l’anxiété avec dénutrition
La prégabaline et la gabapentine, initialement développées comme antiépileptiques, ont démontré une efficacité intéressante dans certains troubles anxieux, en particulier le trouble anxieux généralisé. Leur action sur les canaux calciques voltage-dépendants module la libération de plusieurs neurotransmetteurs excitateurs, ce qui se traduit par une diminution de l’hyperexcitabilité neuronale et des symptômes somatiques associés (tensions musculaires, douleurs neuropathiques, troubles du sommeil).
Sur le plan nutritionnel, ces molécules ont un profil neutre voire légèrement favorable au poids. En réduisant l’agitation interne, les douleurs et l’insomnie, elles permettent souvent un retour plus serein à l’alimentation. Certaines études suggèrent même un léger effet orexigène indirect, lié à l’amélioration globale du bien-être. Elles peuvent donc constituer une option thérapeutique intéressante lorsque l’anxiété s’accompagne de dénutrition, à condition d’être introduites et surveillées par un psychiatre ou un neurologue expérimenté.
Interventions psychothérapeutiques et nutritionnelles intégrées
Aucun médicament, aussi efficace soit-il, ne peut à lui seul résoudre la complexité du lien entre anxiété et perte de poids. Les meilleures prises en charge reposent sur une approche intégrative, combinant psychothérapie, rééducation alimentaire et parfois techniques de gestion du stress. L’objectif est de vous aider à reconstruire une relation plus apaisée avec votre corps, votre alimentation et vos émotions, afin que le poids se rééquilibre de manière durable.
Thérapie cognitive-comportementale (TCC) centrée sur les cognitions alimentaires anxiogènes
La TCC est l’une des approches les plus documentées pour le traitement des troubles anxieux. Adaptée à la problématique de la perte de poids, elle vise à identifier et à modifier les pensées automatiques qui entourent l’acte alimentaire : “je vais être malade si je mange”, “mon estomac ne supporte rien”, “je n’ai pas le droit de prendre du plaisir en mangeant”. Ces croyances, souvent exagérées ou inexactes, alimentent l’évitement des repas et renforcent l’anxiété anticipatoire.
Au fil des séances, vous apprenez à remettre en question ces pensées, à les remplacer par des interprétations plus nuancées et à vous exposer progressivement aux situations redoutées (manger en dehors de chez soi, partager un repas en groupe, réintégrer certains aliments). Cette exposition graduée, toujours encadrée par le thérapeute, permet au cerveau de constater que les conséquences catastrophiques redoutées ne se produisent pas. Petit à petit, le comportement alimentaire se normalise, la peur diminue et la courbe de poids se stabilise.
Thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) pour la réconciliation corporelle
L’ACT propose une approche complémentaire, centrée sur l’acceptation des émotions difficiles et l’engagement vers des actions cohérentes avec vos valeurs profondes. Plutôt que de lutter en permanence contre l’anxiété ou les sensations corporelles désagréables (nœud à l’estomac, palpitations, nausées), il s’agit d’apprendre à les observer, à les accueillir et à continuer d’agir malgré leur présence.
Dans le contexte de l’amaigrissement lié à l’anxiété, l’ACT aide à se réconcilier avec un corps parfois perçu comme “ennemi” ou “fragile”. Vous travaillez sur la bienveillance corporelle, la tolérance à l’inconfort digestif léger et la redéfinition d’objectifs de santé qui dépassent le simple chiffre sur la balance. Par analogie, on pourrait dire que l’ACT vous apprend à piloter un bateau dans une mer parfois agitée, plutôt que d’attendre un océan parfaitement calme pour prendre le large. Cette attitude permet de reprendre progressivement le contrôle de votre alimentation, même en présence de quelques vagues anxieuses.
Supplémentation en acides gras oméga-3 et magnésium pour la régulation anxieuse
Sur le plan nutritionnel, certains micronutriments jouent un rôle clé dans la régulation de l’humeur et de l’anxiété. Les acides gras oméga-3 à longue chaîne (EPA, DHA), présents dans les poissons gras et certaines huiles, participent à la fluidité des membranes neuronales et à la modulation de l’inflammation. Plusieurs méta-analyses suggèrent qu’une supplémentation en oméga-3 peut réduire modérément les symptômes anxieux, en particulier chez les personnes carencées ou ayant une alimentation déséquilibrée.
Le magnésium, quant à lui, intervient dans plus de 300 réactions enzymatiques, dont beaucoup concernent le système nerveux. Il contribue à réguler la transmission des signaux nerveux, la réponse au stress et la qualité du sommeil. En cas de déficit (fréquent chez les personnes stressées, consommatrices de café ou ayant une alimentation peu variée), une complémentation adaptée peut diminuer l’hyperexcitabilité neuromusculaire, les palpitations et la nervosité. Ces suppléments ne remplacent pas un traitement médical ou une psychothérapie, mais ils peuvent en renforcer les effets et faciliter le retour à un poids d’équilibre.
Suivi diététique personnalisé avec fractionnement des prises alimentaires
Enfin, un accompagnement diététique sur mesure est souvent indispensable pour inverser la tendance à la perte de poids. Le ou la diététicien·ne commence par évaluer vos apports réels, vos croyances alimentaires, vos contraintes quotidiennes et vos symptômes digestifs. Sur cette base, il ou elle propose un plan nutritionnel progressif, visant d’abord à stopper l’amaigrissement, puis à récupérer lentement le poids perdu, sans pression ni culpabilité.
Le fractionnement des prises alimentaires en petites portions, réparties sur 4 à 6 collations par jour, est particulièrement utile lorsque l’appétit est très diminué ou que la satiété survient rapidement. Cette stratégie permet d’augmenter les apports caloriques totaux sans provoquer d’inconfort digestif majeur. Des aliments denses en énergie mais bien tolérés (purées enrichies, yaourts complets, oléagineux, boissons hypercaloriques maison) sont introduits étape par étape. L’idée n’est pas de forcer, mais de reconstruire une relation de confiance avec l’alimentation, en tenant compte de vos préférences et de votre rythme de vie.